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L'aïkido est un art martial moderne crée au Japon dans le courant du siècle dernier par Moriéhi Ueshiba . A un niveau purement descriptif, il est question d'un art d'esquive permettant d'amener l'autre dans l'état de déséquilibre nécessaire pour effectuer une action efficace. Il s'agit alors de retournements ou de torsions, du poignet ou du bras entier, ou encore d'impulsions vigoureuses portée sur le corps de l'autre en des moments et des endroits opportuns. Ces aspects, liés à une idée confuse de non-violence, ont promut la notoriété d’une pratique qui serait uniquement défensive, ce qui est profondément erroné dans la réputation qui s’en déduit. Il ne s’agit ni de rien de défensif ni de rien d’offensif, mais d'une démarche constructive, puisque quelque chose y est sans cesse à construire, sens même de la pratique, symbolisation d’un lien en lieu et temps d’une séparation.
Dès le début, les adeptes s'entraînent à adhérer au mouvement sans y résister de manière à se rééquilibrer dans le déséquilibre, notamment au moyen de chutes et de descentes souples au sol. Ce principe de travail, au delà de tout ce qu'il promeut comme effets au niveau du corps, permet d'évacuer de la pratique toute dimension conflictuelle.
De fait, la personnalité du fondateur dépassait radicalement tout abord technique. Visionnaire, inspiré, adepte des prière et des rites de purification puisés dans l'enseignement de l'Omoto Kyo, courant Shinto animée par une utopie universaliste particulièrement subversive dans le contexte japonais de l'époque, mouvement auquel il était étroitement lié, il n’a pas cessé de soutenir un discours métaphysique et d'évoquer, au sein même de la pratique et dans un langage à vrai dire rarement compris par ses élèves, un état de communion mystique avec Dieu ou l'univers, notamment par la perception et la maîtrise du "ki", version japonaise du « chi » chinois, objet bien réel évidemment et qui comme tel, supporte très mal l’exportation. A côté de cela, homme d'une vigueur extrème, guerrier légendaire et jamais vaincu, constructeur, agriculteur....et grand amoureux des femmes.
Cepedant, les notions qui alimentaient la pensée de Morihéi Ueshiba (O Sensei), aussi effectives qu'elles aient pu être dans son chef, mais décontextualisées et dissociées du discours véritable qui en soutenait la vérité, eurent pour effet, malheureux mais inévitables, de propulser l'aïkido dans une imagerie crétinisante hantée par la nostalgie indécrottable d’un pouvoir qui serait externe aux limites de la condition humaine. Etant bien entendu que le propos de la pratique est tout autre, que nulle magie ne s’y dissimule et que tout acte, dans cette pratique, ne s’illumine d’aucun autre aura que celui de la vérité qu’on y aura soutenu, ceci pour seul mystère, mais non des moindres. L'habit n'étant pas pour rien dans l'insistance de l'illusoire chez les adeptes, puisqu'il s'agit d'y jouer au japonais, voir au samourai, enfantillage évidemment mais combien répandu, secrètement ou non.
Plus sérieusement, dans la mesure où le combat implique un rapport nécessaire et toujours décisif à la mort, non pas entendue comme terme de la vie imaginée comme une ligne mais comme jaillissement interne de ce qui de la vie est cause, intervient l'idée de placer le sujet dans une antériorité salvatrice à toute évènement traumatique. Cette idée, fondamentale, sous-tend la notion de "non garde" qui est au fondement même de la pratique et qui place le sujet de l'aïkido en un point d'où s'originera nécessairement et par récurrence tout intention survenant dans son champ.
On voit donc que le sens de la pratique est d’abord stratégique et ce n’est pas un hasard si les discours des grands en la matière (ex: Sun Tzu) y conviennent admirablement. Et qu’il n’est pas vraiment nécessaire – mais pas pour ça interdit - de souscrire à la visée mystique d’un englobement de l’Autre par le sujet - idée amplement illustrée par certaines relations d’expérience d’élargissement des limites du corps dont d'aucun se prévalent – et qu’il suffit, dans un tout autre registre de discours, mais plus praticable par chacun, d’évoquer la construction d’une fiction topologique où du contingent se trouverait toujours piégé par du nécessaire.
L'immense mérite et la grande intelligence de Maître Hirokazu Kobayashi, est d'avoir replacé l'enjeu authentique de ce que lui avait enseigné son unique professeurs, Moriéhi Ueshiba, au sein même de la pratique et nous dirions au sein de la technique, car c'est dans l'articulation même de la technique, dans son opération, que se joue à chaque instant, jusque dans la plus grande intimité du toucher, l'engagement subjectif qui requiert que rien en soi ne résiste « au pas de garde », donc à ce qui se révèle alors, mais sans recours possible, comme vérité et qui fait se conjoindre, dans l’unicité d’un trait définitivement perdu – sens même du « AI » -, d’être de bon génie, sujet et temps, dont le premier, ici, trace alors la marque du second, en y faisant, du même coup, souscrire son alter ego qui, en l’occurrence, ne s’attrape ni avec du vinaigre ni avec du miel.
Un autre mérite d’Hirokazu Kobayashi, tout aussi immense et consubstantiel du premier, aura été d’avoir maintenu la pratique du côté de la transmission - donc du côté d’aucune idéologie - avec tout l’humour et l’espièglerie qu’impose bien évidemment de prendre toute pratique au sérieux. Ce faisant de faire de la technique elle-même une métaphore de la transmission et son unique actualité.
L'aïkido, non pas de se limiter à une simple gestion de la résistance entendu comme affect du corps, et sans méjuger des effets que cette gestion nouvelle est susceptible de provoquer dans le vie du sujet, suppose, justement, que le corps comme image en soit bouleversé et requiert donc une implication dans l'aïkido comme cause, la cause étant celle promue dès le départ par le fondateur, et qui, elle, nous parle directement en nos époques troublées, à savoir de construire la paix, perpétuelle évidemment.
Yves Flon |
| © 2010 |

